Bien plus qu’un joli minois : comment les tendances beauté reflètent l’état du monde

Au cours de la pandémie, on a été aux premières loges d’un important tournant culturel. Les femmes ont délaissé le maquillage et se sont tournées vers les soins de la peau. Le self-care s’est imposé comme le nouveau diktat culturel.  

 

Les microtendances très nichées sont venues remplacer la monoculture traditionnelle et ont entraîné de nombreux autres changements. Au lieu de donner le pouls de la culture, la mode et la beauté traduisent désormais chacune de ses moindres vibrations, comme un séismographe hypersensible. Bien que ces petites manifestations soient souvent ambigües ou contradictoires, elles sont le reflet de grandes tendances.


Au cours de la pandémie, on a été aux premières loges d’un important tournant culturel. Les femmes ont délaissé le maquillage et se sont tournées vers les soins de la peau. Le self-care s’est imposé comme le nouveau diktat culturel.  

 

Les microtendances très nichées sont venues remplacer la monoculture traditionnelle et ont entraîné de nombreux autres changements. Au lieu de donner le pouls de la culture, la mode et la beauté traduisent désormais chacune de ses moindres vibrations, comme un séismographe hypersensible. Bien que ces petites manifestations soient souvent ambigües ou contradictoires, elles sont le reflet de grandes tendances.


Le plus influent des influenceurs : l’inflation

Les détaillants ont enregistré d’excellentes ventes en 2023, grâce à l’effet rouge à lèvres, un terme inventé par la fondatrice d’Estée Lauder. Lorsque les temps sont durs, les consommateur.trice.s sont réticent.e.s à faire de grosses dépenses, comme un billet d’avion, mais s’offrent volontiers de petits luxes comme un nouveau rouge à lèvres.

Le ralentissement économique, aggravé par les pressions inflationnistes qui ont miné le pouvoir d’achat, a eu donné naissance à des tendances contradictoires. D’une part, on a assisté à l’émergence des « brunettes de la récession » parce que les femmes ont délaissé leur teinture blonde, faute d’argent. D’autre part, ce retour au naturel a été remodelé de manière inspirante. Plutôt que de redevenir brunes, les femmes ont choisi une teinture brune associée à la vieille bourgeoisie, s’identifiant comme des old money brunettes.

Parallèlement, comme les femmes consacrent moins de temps et d’argent aux soins de la peau, elles réduisent le nombre de produits qu’elles utilisent au quotidien. Cette réduction au nom de la simplification (skin streaming) a permis aux femmes de reprendre le dessus sur la situation.

Avec le retour obligatoire au bureau, le look de sirène corpo (office siren) gagne en popularité auprès des jeunes femmes. Encore une fois, on a deux façons d’interpréter cette tendance. Cela pourrait annoncer le retour d’une économie vigoureuse et un désir de retourner au bureau. Ou cela pourrait être symptomatique d’une diminution des revenus discrétionnaires en raison de l’inflation. Comme les femmes ne peuvent plus avoir deux garde-robes distinctes, une pour la vie professionnelle et une pour la vie personnelle, elles doivent les combiner.

Old money brunette, skin streaming, office siren… toutes ces microtendances sont différentes manifestations du même phénomène : les femmes se réapproprient et redéfinissent la perte de leur pouvoir économique sur fond d’inflation record. C’est une tactique pour reprendre le contrôle de leurs finances.

Les marques astucieuses sauront reconnaître les microtendances à mesure qu’elles émergent et y participer d’une manière pertinente pour les consommateur.trice.s et logique avec leur identité de marque.

Taches de rousseur, crinière volumineuse et Beyoncé

Depuis le début de la pandémie, les mouvements sociaux ont pris de l’ampleur. Au niveau macroscopique, de plus en plus de personnes affirment leur identité et leur place dans le monde. Des mouvements associés aux personnes de couleur, à la communauté 2SLGBTQIA+ et aux femmes ont émergé ou se sont amplifiés à l’échelle mondiale au cours des dernières années, souvent en réponse à une répression de leurs droits.

 

Dans ce contexte de grands mouvements sociaux, de petites tendances ont fait leur apparition.

 

Historiquement, les taches de rousseur n’ont jamais été esthétiques. En Grèce ancienne, c’étaient des taches « à faire disparaître ». Or, elles sont devenues de plus en plus attrayantes dans la culture occidentale du 20e siècle, étant associées à la capacité à mener une vie de loisirs avec beaucoup de bains de soleil. Aujourd’hui, et ce, en grande partie grâce aux médias sociaux, les femmes acceptent pleinement leurs taches de rousseur et même apprennent des techniques de maquillage pour en créer. Cela va même jusqu’à se les faire tatouer. Il va sans dire, la beauté est un terrain de jeu infini pour s’affirmer et s’amuser.

 

On assiste à un retour du balancier similaire dans la sphère capillaire. Tandis que les cheveux lisses ont longtemps été l’idéal, on voit récemment des femmes rendre hommage à leurs boucles naturelles, et de plus en plus de femmes partagent leurpropre routine capillaire conçue pour maximiser les boucles. C’est rendu que même les femmes qui n’ont pas les cheveux bouclés investissent dans des produits qui leur promettent des boucles disco.

 

Si les soins de la peau nous ont incités à revoir notre relation par rapport à notre peau, les soins capillaires veulent nous faire repenser au temps qu’on passe sous la douche – que ce soit pour une petite douche quotidienne ou un nettoyage en profondeur de quatre heures. Les précurseurs dans l’arène des soins capillaires sont Ouai, Gisou et Olaplex. 

 

Une personnalité à la fois surprenante et prévisible est à l’avant-garde de ce mouvement : Beyoncé. Le 20 février, Beyoncé a lancé sa gamme de produits pour les cheveux, Cécred (prononcé sacred). Même si elle n’est pas la première célébrité à vendre de tels produits, son lancement est pertinent parce que Beyoncé est tellement au fait de ce qui s’apprête à marquer la culture. Elle contribue aussi au retour de la musique et de la culture country, valorisant ses racines texanes avec son nouvel album, Cowboy Carter. Mais surtout, sa reprise de la chanson Jolene de Dolly Parton a reçu un accueil mitigé et lancé un débat sur la place des artistes noirs dans la musique country. Comme le country et les crinières volumineuses sont deux piliers de l’identité des Texanes, il va de soi que Beyoncé choisit de les explorer en affirmant sa propre identité, mais aussi celle des femmes afro-américaines. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment la beauté et la musique servent de catalyseur à des sujets politiques.

Les taches de rousseur, les produits pour les cheveux, Beyoncé… ces tendances sont des manifestations du même désir : celui d’être soi-même et de prendre sa place dans le monde sans s’excuser. L’idéal de beauté établi depuis belle lurette laisse lentement place à un nouvel idéal diversifié où il fait bon d’accepter et de célébrer tout ce qui nous rend uniques.

Le self-care, c’est une affaire de gars aussi

La nature de nos propres identités évolue à mesure que l’affirmation de soi gagne en importance. En prenant conscience que l’identité est un ensemble de spectres, la façon dont on se voit et se définit devient de plus en plus fluide.

L’affirmation de l’identité n’est pas réservée aux femmes ou aux personnes qui s’identifient comme telles. Bien que les hommes utilisent toujours moins de produits de soins de la peau que les femmes —1,8 produit en moyenne par rapport à 4,9 produits pour les femmes — on remarque que les jeunes hommes sont plus actifs dans cette sphère que les hommes plus vieux.

De nouveaux joueurs remettent en question le fait que les soins de la peau soient traditionnellement associés à des caractéristiques féminines. Des marques comme STUFF ou Lumin tendent vers des codes de marque traditionnellement masculins (Ton : pour les gars! Emballage : pour les gars! Noms de produits : pour les gars!) afin que la catégorie devienne plus attrayante auprès des hommes.

Cela reflète une grande tendance de refus de la masculinité toxique. D’ailleurs, ils sont de plus en plus nombreux à partager des vidéos où ils jouent aux princesses avec leur fille, préparent les repas pour leur femme ou montrent leur routine de maquillage de présentateur de nouvelles.

Les perceptions traditionnelles des hommes par rapport aux soins de la peau et au maquillage sont en train de changer. Cela représente une occasion en or pour les marques, même si l’on est loin d’une tendance de masse. En effet, les taux d’utilisation de produits de soins de la peau sont restés stables depuis 2020.

Comment tirer son épingle du jeu

Tous ces signaux s’entrecroisent, s’amplifient et se contredisent même parfois. Il n’y a pas de message unique bien défini et chaque marque doit naviguer la culture en fonction de sa propre réalité d’affaires. Toutefois, il est essentiel de comprendre à qui vous vous adressez et comment ces tendances de masse et de niche résonnent auprès de votre cible.

 

Si vous avez besoin d’aide pour y trouver un sens, contactez-nous.